Fico, Anna (2025). Le parcours d’intégration des personnes qui naissent et qui grandissent dans un groupe à haute exigence à vocation religieuse : comprendre les difficultés rencontrées pour mieux soutenir leurs besoins en matière d’intégration sociale. Mémoire. Saint-Jérôme, Université du Québec en Outaouais, Département de travail social, 170 p.
Prévisualisation |
PDF
Télécharger (3MB) | Prévisualisation |
Résumé
Problématique. Ce mémoire s’intéresse au phénomène sectaire. Plus précisément, au parcours d’intégration sociale que traversent les personnes qui naissent et qui grandissent au sein de groupes à haute exigence (GHE) à la suite de leur départ du groupe. De fait, évoluant dans une réalité sociale marginale, le développement de ces personnes les expose à des situations de compromission à différents moments de leur parcours de vie en GHE. Parallèlement, la sortie du groupe engendre d’importants défis en matière d’intégration sociale, dont la perte du réseau social, la précarisation de leurs conditions de vie et l’émergence d’une détresse psychologique. Les connaissances doivent être davantage développées, enrichies, pour bien comprendre la complexité du processus de désengagement et du départ du GHE, ainsi que les défis et besoins en matière d’intégration sociale. Question de recherche. La question de recherche est la suivante : comment les personnes nées ou ayant grandi (PNAG) en GHE à vocation religieuse décrivent leur parcours d’intégration sociale hors du groupe sectaire ? Cette question comprend également quatre sous-questions : 1) Quels sont les éléments déclencheurs qui les amènent à quitter leur GHE ? ; 2) Quelles sont les difficultés qu’elles rencontrent dans leur parcours d’intégration sociale hors du groupe sectaire ? ; 3) Quelles stratégies déploient-elles pour faire face aux difficultés d’intégration sociale hors du groupe sectaire ? ; 4) Quels besoins psychosociaux sont identifiés durant leur parcours d’intégration sociale hors du groupe sectaire ? L’objectif principal de cette recherche vise à explorer le parcours d’intégration sociale, hors du groupe sectaire, des personnes nées ou ayant grandi (PNAG) en GHE à vocation religieuse. Les quatre sous-objectifs visent à : 1) identifier les éléments déclencheurs qui les incitent à quitter leur GHE ; 2) cibler les principales difficultés rencontrées lorsqu’elles ont quitté leur GHE ; 3) explorer les stratégies adaptatives ayant facilité leur parcours d’intégration sociale hors du groupe sectaire ; 4) préciser leurs besoins psychosociaux durant le parcours d’intégration sociale hors du groupe sectaire. Méthodologie. Cette recherche est qualitative et s’inscrit dans une visée compréhensive et exploratoire. Le recours à la théorie du parcours de vie et celle des liens sociaux constitue le cadre structurant sur lequel repose la présente démarche scientifique. Au total, dix personnes ont été rencontrées. Des entrevues semi-dirigées ont été réalisées auprès de l’ensemble des personnes participantes recrutées. Tous les entretiens ont été enregistrés, retranscrits, puis écoutés à maintes reprises durant le processus d’analyse des données recueillies. Résultats. Les résultats de cette étude démontrent que les droits fondamentaux des PNAG en GHE sont brimés à différents moments du parcours de vie en GHE. Au même titre, plusieurs besoins sont négligés. Par ailleurs, le parcours d’intégration sociale se voit enclenché bien avant le départ lui-même du GHE. Un processus réflexif prend forme, évolue, mène vers un point de rupture, puis engendre la concrétisation éventuelle du départ. Suivant le départ, ce processus suit son cours et comporte plusieurs défis d’intégration sociale. Lorsqu’elles quittent leur GHE, les personnes qui y naissent et y grandissent font face à de multiples pertes sociales, ce qui leur génère une grande souffrance. Graduellement, le processus d’intégration sociale entraîne une reconfiguration de l’ensemble de leurs liens sociaux (lien de filiation, de participation élective, de participation organique et de participation citoyenne). Suivant le départ du GHE, différents besoins émergent chez ces personnes, notamment en matière d’accompagnement, d’information et d’éducation, sur le plan affectif et social, au niveau des besoins de base, en lien avec la santé globale, ainsi qu’un besoin de protection. Les personnes rencontrées dans le cadre de cette étude ont fait preuve de grande résilience et d’agentivité, deux caractéristiques personnelles d’importance majeure vis-à-vis le déclenchement du départ et du parcours global d’intégration sociale. La présence de ressources psychosociales de première ligne (Réseau de la santé et des services sociaux, organismes communautaires, etc.) permet également de soutenir ces personnes durant leur parcours d’intégration, même si les services ne sont pas offerts directement en lien avec la problématique sectaire. Les PNAG en GHE sont amenées à vivre plusieurs deuils durant leur parcours d’intégration. Ces deuils mènent éventuellement vers une reconstruction identitaire. Toutefois, vu l’insuffisance de protection et de reconnaissance sociale face aux abus subis durant leur parcours de vie en GHE, la qualité de leur lien de citoyenneté demeure affaiblie même après le départ du GHE. En effet, un positionnement étatique plus clair est nécessaire pour mieux protéger les droits des personnes qui évoluent dans ce type de réalité sociale et ainsi tendre vers une société plus juste. Conclusion. La contribution de divers paliers de la société s’avère essentielle pour mieux soutenir la population à l’étude durant le parcours global d’intégration sociale. Dans le domaine de l’intervention sociale, le développement de formations, de programmes d’éducation, de sensibilisation et de prévention, ainsi que le recours à des d’organismes spécialisés dans le domaine sectaire, peuvent offrir d’importants bénéfices pour soutenir le processus engagé par ces personnes lorsqu’elles quittent leur GHE. Dans le domaine de la recherche, la poursuite d’études francophones visant à approfondir la compréhension du parcours d’intégration sociale hors du groupe sectaire de cette population constitue une avenue prometteuse pour élargir les connaissances en la matière. Sur le plan politique, le lancement d'une commission d'enquête spécialisée pourrait permettre de dresser un portrait plus détaillé de cette problématique sociale au Québec, d'évaluer ses répercussions sur les personnes impliquées dans de tels groupes, et d'explorer la possibilité de concevoir une politique sociale pour mieux protéger les droits des personnes exposées à des abus sous couvert religieux. De surcroit, le point de vue des personnes directement concernées par cette problématique doit également être pris en compte. En effet, le savoir expérientiel des PNAG en GHE représente une expertise très riche et incontournable face à cet exercice de réflexion collectif visant à alléger les difficultés pouvant être rencontrées durant le parcours d’intégration sociale à la suite du départ du GHE.
Type de document: | Thèse (Mémoire) |
---|---|
Directeur de mémoire/thèse: | Grenier, Josée |
Mots-clés libres: | Secte; Groupe à haute exigence; Personnes qui naissent et qui grandissent en GHE; Intégration sociale; Parcours d’intégration; Liens sociaux |
Départements et école, unités de recherche et services: | Travail social |
Date de dépôt: | 28 mars 2025 13:48 |
Dernière modification: | 28 mars 2025 13:48 |
URI: | https://di.uqo.ca/id/eprint/1764 |
Gestion Actions (Identification requise)
![]() |
Dernière vérification avant le dépôt |